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Les richesses de la terre de La Roque Jadis...

QUELQUES RICHESSES DE LA TERRE

JADIS

A LA ROQUE SUR PERNES
D'après Édouard Delebecque  "Un Village qui s'éteint" 1951

ancien Maire de La Roque sur Pernes de 1948-1958 et 1961-1977

" Le village de La Roque sur Pernes jette une lumière crue sur un problème vital pour notre pays, il démontre la nécessité de maintenir sur la terre, qui ne ment pas, une population agricole laborieuse avant q'elle n'ait perdu le goût du travail…"

" La Roque peut devenir, après avoir failli mourir, un village florissant…"

 
Le village de La Roque sur Pernes vécut jadis largement de ses produits du sol, de ses fruits, raisins, de son blé, et de ses olives ; de l'élevage des moutons et de l'élevage du vers à soie.

Ce village et la plupart de ses terres jouissent d'un climat privilégié. L'air y est d'une limpidité peu commune. Le regard va se poser très loin sur un horizon très précis … Le mistral adoucit les fortes chaleurs et la rigueur des hivers est tempérée par des expositions en plein soleil…

Le vieux Maire du village voisin, apiculteur renommé, rendit son âme à Dieu dans un olivier qu'il taillait loin de sa demeure. Le soir on vit revenir à la ferme le petit cheval tout seul. Le vieil homme reposait calmement sous son olivier, sa petite scie à la main, il était mort à la tâche, au champ d'honneur du paysan.

La garance, dont la culture florissante au siècle dernier enrichit bien des familles paysannes, causa subitement bien des ruines. La culture commença vers 1825. La production paraissait très sûre, et le rapport certain. Le travail se répartissait sur 3 années consécutives : La première, il fallait semer, la seconde, rehausser des banquettes de terre le long de la plante (comme pour les asperges), et la troisième récolter, en coupant la tige pour ne conserver que la racine. Cette culture exigeait une nombreuse main-d'œuvre, bien rétribuée. La garance réussissait sur certaine terre calcaire de la Roque comme celle des "méchants" et apportait l'argent liquide. Elle cessa vers 1870.

Le village de La Roque sur Pernes avait alors assez de blé pour ses besoins personnels, et pouvait vendre en plaine un important surplus. Des terres comme celles de la Grange-Neuve produisaient, avant 1900, jusqu'à 60 sacs de blé (1 sac de blé = 80 kg). La ferme du Jas en fournissait jusqu'à 200 sacs. Notre village ne manquait jamais de pain, et il en avait assez pour alimenter deux autres villages de trois cents âmes. Chaque paysan avait son blé, et faisait son pain, car chaque mas avait son four. C'était toujours du bon pain blanc, bien levé, cuit avec le bois du pays.

L'élevage du vers à soie fournissait d'importantes ressources. On conte l'histoire de l'arrière-grand-père d'une habitante de La Roque, paysan audacieux qui se rendait sur les bords de la Mer Noire pour aller chercher au pays de la Toison d'Or, les graines de vers à soie qu'il faisait faire à Tiflis (Tblissi, capitale de la Géorgie). La qualité de ces graines était telle que jamais on ne les vit porteuses d'aucun germe de maladie, et leur cocons avaient une exceptionnelle fécondité.
 
Chaque maison possédait sa magnanerie.

En 1903, on récolta 655 kilos de cocons ; et 1905 fut la meilleure année avec 1 242 kilos. Mais la baisse régulière commença ; en 1908, on enregistre 1 056 kilos de cocons, en 1910, 519 kilos ; en 1912, 452 kilos ; en 1914, 325 kilos ; et en 1916, 34 kilos. Des primes firent remonter quelque peu cette production, on pèse 82 kilos en 1917 et 262 en 1918, dernier sursaut avant la grande guerre.

Chacun possédait aussi son petit troupeau de moutons. L'herbe parfumée de nos collines est excellente pour les moutons. Grâce au fumier de mouton, le meilleur de tous, personne n'achetait d'engrais. Un boucher, deux fois par semaine montait de la plaine pour tuer les bêtes nécessaires à la consommation des villageois qui n'achètaient jamais de viande.

Chacun avait son petit jardin, assez de vigne
pour fournir le vin de l'année, quelques arbres fruitiers, car la culture en était moins répandue qu'aujourd'hui. Il faut dire qu'à l'époque on ne cherchait pas à vendre mais à vivre.

Les oliviers en revanche, étaient trois fois plus nombreux que de nos jours. Les paysans de La Roque sur Pernes en concevaient une légitime fierté : Ils les cultivaient, les fumaient, les taillaient avec amour.

La commune n'était certes pas riche, mais elle avait peu de besoins. Les ressources du village permettaient même de verser quelques secours aux victimes des inondations ou des guerres.

La commune vendait aussi
les feuilles de ses quelques mûriers, les fleurs du tilleul de Saint-Roman.
Quand les fleurs du gros tilleul étaient prêtes, le garde-champêtre faisait le tour du village avec son tambour pour annoncer que la cueillette était autorisée. La commune affermait aussi le grenier à foin.

Mais de toutes ces opérations traditionnelles, la plus importante était celle du moulin à huile,
lequel a assuré une bonne part de l'indépendance et de la richesse du village jusqu'en 1918, date a laquelle il cesse de tourner.

En 1900, dés que la récolte des olives avait pris fin, le moulin à huile de La Roque, commençait à travailler : il moulait tout le mois de décembre, et dans les bonnes années jusqu'au mois de janvier, ne faisant relâche que le dimanche. Toute la semaine, la dure besogne continuait sans trêve, de nuit comme de jour. La ferme était allouée à une équipe de cinq travailleurs, quatre d'entre eux étaient toujours au travail et un seul au repos, par roulement. Il en allait de même pour les cinq bêtes, chevaux ou mules, qui assuraient, par un mouvement tournant perpétuel, le serrage de la grosse vis du pressoir. Nuit et jour on entretenait un grand feu sous les cuves.

Avec le lent labeur des hommes et des bêtes, l'huile sortait lentement du pressoir. La pâte d'olives était peu broyée, et le précieux liquide s'écoulait fin et pur. (De nos jours, les machines vont plus vite, mais c'est un peu au détriment de la qualité de l'huile). Celle de La Roque était si renommée, en cette heureuse époque, que bien des habitants de la plaine ou des villages voisins venaient au moulin communal pour y faire transformer en huile les olives de leur récolte.

C'était comme une spécialité du petit pays. Non seulement l'huile y était meilleure qu'ailleurs, et mieux faite, mais encore le client de La Roque pouvait repartir avec le produit de ses propres oliviers, sans être jamais trompé sur la nature ni sur la qualité de la marchandise. Il n'était pas rare que pendant quinze jours de suite le moulin travaillât ainsi pour les communes voisines. Et il tournait, tournait au fort de l'hiver, broyant douze "moulins" d'olives toutes les vingt-quatre heures. Et chaque "moulin" représentait 120 kilos d'olives, qui produisaient 25 beaux litres d'huile. Pendant un ou deux mois, 320 litres d'huiles sortaient ainsi chaque jour du Moulin de La Roque sur Pernes. Soit une production annuelle de 13 000 litres pour les 6 000 oliviers productifs.

Édouard Delebecque, nous raconte qu'en 1951, 700 oliviers seulement sont exploités, 1 500 sont à l'abandon. En 50 ans 4 000 oliviers environ sont morts ou ont été arrachés. Chaque arbre, fournit en moyenne 10 à 12 kilos d'olives selon les années, quantité nécessaire pour obtenir 2 L d'huile !

Les loisirs n'étant pas à la mode, l'existence à peu près entière était vouée au travail des champs : labeur pénible sur une terre fertile mais exigeant une lutte constante et acharnée contre la pente, contre certaines années, les gels tardifs, ou les sécheresses prolongées. Au prix de ce labeur, on arrivait à vivre ; et le laboureur revenait de son travail, le soir, avec la satisfaction du devoir accompli
. Parfois on organisait une veillée autour des braises ardentes de la cheminée, et tout en se chauffant on se racontait des histoires …. du temps jadis.

"C'est pourquoi l'on vit vieux à la Roque sur Pernes…"

Leïla Estellon

De nombreuses photos illustrant ce récit sont visibles à la M.I.L

Merci à toutes les personnes que je sollicite régulièrement pour mes recherches, pour leur disponibilité, leur gentillesse et leur accueil. Le Patrimoine, c'est aussi la transmission de la mémoire, du savoir et du savoir-faire.

Merci à la Mairie de La Roque pour les archives.

Merci à Pierre Blanchard, Guy Autard, Joseph Pantagène, Albert Cristianini pour leurs souvenirs personnels et les histoires pleines de charmes racontées avec une grande pudeur.

Merci à Line Labarbarie, Geneviève Ferrer, Josette Imbert, Henri Bressy, Cunty Marie-Thérèse pour les photos.